L’Arménie, des croix et des pierresJuin 2016

Yvette Demory

Mont Ararat

Premier État chrétien et l’un des plus anciens pays du monde, l’Arménie, située dans les hautes montagnes rocheuses et arborées, occupe actuellement une petite partie du Caucase du Sud. Elle a vécu à travers son histoire des événements surprenants, mais a pu éviter l’extermination.... Certaines régions sont d’une beauté extraordinaire et possèdent des terres fertiles dont une grande partie est inhabitée, mais fréquentée par les bergers qui y font paître leurs vaches, moutons, chèvres. Elle est citée dans la Bible comme l’Eden !

Le premier contact avec le pays fut étrange : l’Hôtel Tufenkian Historic Yerevan ! Sa décoration originale et caractéristique du pays nous conquit, ainsi que la nourriture (oh, le petit-déjeuner !) au cours desquels (et partout ailleurs) nous fîmes bombance de légumes frais, de zakouski alléchants et de viandes grillées à la broche aux délicieux arômes.

Les deux journées à Erevan nous menèrent d’étonnement en étonnement découvrant, par exemple, les vestiges de la Citadelle d’Erebouni datant de 782 av. J.-C. et son agréable petit musée présentant des objets divers retrouvés en 1950 lors de fouilles. C’est aussi ébloui par sa richesse que nous visitons le « Matenadaran » (bibliothèque) : 13 000 manuscrits arméniens, 2 000 en russe, hébreu, latin, arabe, syrien, grec, japonais, persan... tous très beaux, précieux et anciens. Comme des pèlerins, nous faisons une halte sur la colline de Tsitserakaberd (« La Forteresse aux Hirondelles ») au monument commémoratif du Génocide perpétré par les jeunes-turcs en 1915, après une courte visite au musée aménagé en 1996.

Débuta ensuite notre périple en autocar à travers le pays avec un arrêt au Monastère de Khor Virap (IVe – XVIIe siècle), premier lieu saint de l’Arménie chrétienne. En cours de route, le temps nuageux et pluvieux nous prive de la vue du vénéré Mont Ararat où la légende veut qu’échouât l’Arche de Noé.

Une dégustation de vins nous retient à Arenie où nous découvrons aussi les saveurs de la liqueur de mûres, du cognac arménien, des abricots secs naturels, du miel et d’autres produits du terroir bien tentants !

Nous pénétrons alors en République du Haut-Karabakh (« les hautes terres »), les événements d’avril nous ayant toutefois fait craindre de ne pouvoir nous y rendre ; mais les esprits se sont calmés depuis pour une trêve non déterminée. La région est aussi habitée par les Arméniens et les Russes qui aident au développement. Nous avons été surpris par l’élégance et la modernité de sa capitale Stepanakert. Nous garderons un souvenir ému de l’exquise église de Gandzasar (1216-1238), installée au sommet d’une colline verte, restaurée et fonctionnelle, ainsi que de la Cathédrale Ghangatchetsots restaurée également après avoir servi de grenier à blé et de dépôt d’armes aux Azerbaïdjanais (1989 – 1992).

De retour au pays, non loin de la ville de Goris, nous nous attardons au village troglodyte de Khndzorests. Embusquées sous une végétation luxuriante, quelques grottes sont encore habitées par des bergers bien qu’abandonnées dans les années 1950/1960.

Ainsi, de monastère en monastère dont certains sont repris dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Tatev, Sanahine, Haghpat...), nous traversons les siècles surpris par l’originalité de l’architecture religieuse médiévale unique en son genre. Au monastère-forteresse d’Akhtala (Xe S.), les fresques murales retiennent notre attention : la plupart portent des inscriptions en grec et constituent une belle présentation de l’art byzantin.

C’est à Gyumri que nous constatons les effets dévastateurs du séisme de 1988 qui a fait plusieurs milliers de morts, de sans-abris... Des cimetières jalonnent la route...

Un autre lieu nous fascine : la basilique et le site archéologique de Yererouyk (IVe au Ve s.) à 5 km d’Ani. En effet, depuis un moment nous longeons la frontière avec la Turquie et nous comprenons, par les recommandations de notre guide, que l’ennemi n’est pas loin... Les cris de jeunes écoliers en liberté nous privent d’un concert de oud au coeur du temple...

Tout aussi pittoresques, en banlieue d’Erevan, devant le mont Ararat, les ruines de la cathédrale de Zvartnots « les anges célestes » (UNESCO) construite au VIIe siècle dédiée à Grégoire l’Illuminateur, et partiellement réparée au début du XXe siècle

Le Lac Sevan (1/6 du territoire arménien et profond de 80 mètres) est un des plus grands lacs de montagne de l’Eurasie ; il est alimenté en eau douce par 28 fleuves et rivières. Depuis les ruines du monastère (871 – 874) détruit par les Arabes puis les Soviétiques en 1930, la vue est splendide ! Une autre merveille encore : le Monastère rupestre Sainte-Lance de Geghard (XIIIe) (UNESCO), exceptionnellement bien conservé, qui s’élève dans un désordre de roches d’une beauté sauvage.

Riche également en artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains... l’Arménie vaut assurément une visite et un séjour prolongé.

Nos chaleureux remerciements unanimes vont à notre guide Simbad qui nous a transmis l’attachement qu’il éprouve pour son pays et à notre voyagiste Enzo pour l’organisation sans faille de ce magnifique voyage, ainsi que pour l’assistance qu’il nous a apportée afin de nous éviter les fâcheuses conséquences des grèves intempestives.