Un chouette voyage de l’AIACE, Saône, Rhône et CamargueOctobre 2016

Michel Foucault

Nous étions une bonne soixantaine, garçons et filles l’ayant dépassée (la soixantaine). Quand on s’est installé le 5 octobre sur le « Camargue », très beau bateau de CroisiEurope (un « cinq ancres », comme ils disent, en hôtellerie, on dirait « cinq étoiles ») j’ai constaté́ avec circonspection que les filles étaient plus nombreuses que les garçons aïe, aïe, aïe !

J’étais justement en train de lire « Babylone » le dernier ouvrage de Yasmina Reza et j’y avais lu ce qui suit : « la femme doit être gaie ; contrairement à l’homme qui a droit au spleen et à la mélancolie. À partir d’un certain âge, une femme est condamnée à la bonne humeur. Quand tu fais la gueule à 20 ans c’est, sexy, quand tu la fais à soixante, c’est.... embêtant ».

J’ai vite été rassuré. À croire qu’à l’AIACE, la règle était la bonne humeur, la rigolade. Et chaque copine y a mis du sien. Il faut dire aussi que CroisiEurope avait bien fait les choses. Comme nous devions aller de Bruxelles à Lyon en TGV avant d’embarquer sur le fleuve, nos bagages, déposés la veille à l’Agence, étaient partis par la route et étaient déposés sagement dans nos cabines respectives.

Ceux qui ne connaissaient pas encore le Mistral ont été gâtés. Vent froid et violent qui souffle vers le sud de la vallée du Rhône, et notamment en Provence, ce coquin-là nous a cueillis à Lyon au moment de la visite de la basilique de Fourvière, alors que le soleil brillait et que le ciel était bleu.

Je ne reviens jamais à Lyon sans un pincement au cœur. Riche d’une histoire de plus de 2 000 ans, la troisième ville de France a été fondée en 43 av. J.-C., c’est la Lugdunum des Romains. Son patrimoine culturel et architectural n’a rien de suranné ni de démodé. C’est une cité dynamique, moderne et optimiste. On s’en rend compte en parcourant les quartiers du Vieux Lyon, riche de ses « traboules » et de ses « bouchons » (Lyon est la capitale gastronomique de la France), ou les rues de la Presqu’ile entre Rhône et Saône, ou face aux constructions ultramodernes de la Confluence. À noter : la polémique qui voudrait que ce soit le Rhône qui se jette dans la Saône et non la Saône dans le Rhône.

Vallée du Rhône

Fondée en 910 dans le Mâconnais donc en Bourgogne, l’Abbaye de Cluny est de nos jours un site de province arriéré. Il y a mille ans, cependant, c’était le plus grand établissement monastique jamais construit, avec près de 400 moines bénédictins et une influence politique et religieuse qui s’imposait aux Papes et aux Rois. Le destin de l’Abbaye a été scellé par la Révolution française, avec son utilisation comme carrière de pierre et progressivement démolie. Ainsi les visiteurs de Cluny doivent-ils faire appel à leur imagination pour recréer la splendeur passée de l’Abbaye, dont les vestiges restent néanmoins impressionnants.

J’ai personnellement beaucoup apprécié la visite à Trévoux, construite sur la colline dominant un coude de la Saône, cité prospère au Moyen-Age grâce à son pont à péage sur la rivière et devenue la capitale de la Dombes. Dotée d’un Évêché, d’un Parlement, elle a gardé son autonomie jusqu’en 1762, date de son rattachement à la France.

La traversée de Lyon de nuit, commentée et illuminée, nous a menés à Vienne, à peine distante de 30 km. Les Romains s’y étaient installés avant même d’arriver à Lyon, après avoir vaincu la tribu des Allobroges. C’était le jour de marché et la ville grouillait de monde. On a quand même vu la Cathédrale, le temple d’Auguste et de Livie, ainsi que le théâtre antique avec ses 13 500 places assises.

Une après-midi et une nuit de navigation, ponctuées de nombreuses écluses dont certaines gigantesques (Bollène) nous ont portés en Arles, porte de la Camargue et lieu où le Rhône se fragmente en un immense Delta. La Cathédrale Saint-Trophime, les impressionnantes Arènes et le Théâtre antique marquent cette ville qui connut son apogée sous le règne de l’empereur Constantin et où flotte encore le souvenir de Vincent Van Gogh qui y séjourna deux ans avant son internement et son suicide en 1890.

Une visite ensoleillée d’une propriété oléicole (et bio) a clôturé la matinée avant l’excursion tant attendue, de la Camargue.

La visite des Saintes-Maries-de-la-Mer, bien qu’originale, est toujours un peu décevante, l’afflux de touristes de tous poils la transformant en un souk dans le style du marché́ du Midi à Bruxelles. Mais les splendides étendues marécageuses nous ont permis de « fraterniser » avec les célèbres taureaux noirs, les chevaux blancs et les flamants roses : le clou de la journée !

N’oublions pas le riz : à l’origine, le riz a été planté en Camargue dans le seul but de réduire le niveau de sel de certains marais afin de pouvoir diversifier les cultures. Entretemps, environ les trois quarts du riz cultivé en France proviennent de cette région. Les rizières inondées de Camargue ont une superficie totale de 15 000 hectares. Autre importante source de revenus pour la région : le sel marin produit dans deux grandes sauneries.

La visite de la Cité des Papes en Avignon nous a permis de retrouver ce sacripant de Mistral. Sept Papes se sont succédés en Avignon de 1309 à 1376, chacun ayant à cœur de marquer sa trace par de spectaculaires constructions, tout en ayant la décence de mourir assez vite pour laisser la place à son successeur. Ce « Grand Schisme » a ainsi facilité l’achèvement du somptueux palais, qui n’était d’ailleurs que l’un des innombrables édifices séculiers et ecclésiastiques dressés à l’intérieur du formidable système de fortifications protégeant Avignon.

Dois-je l’avouer, mon cœur a moins battu pour le Pont Bénezet « on y danse, on y danse....) que pour la Cour d’honneur du Palais des Papes (image ci-contre) où Jean Vilar créa, en 1947, le Festival culturel, toujours vivant, où Gérard Philipe incarna un inoubliable Lorenzaccio.

Et ce n’était pas fini. Nous avons également parcouru, de nuit, les rues ensommeillées de Viviers, dans un décor médiéval très bien conservé, prolongement d’une colonie celte de plus de 2 500 ans. Le chat qui s’est introduit avec nous par la porte entrebâillée de la cathédrale (la plus petite de France), s’est installé comme.... un pape devant le maître-autel et a fait le bonheur des amateurs de photographie.