Daniel Guggenbühl

L’ECRIN N° 78 avril – mai - juin 2017

Depuis que les électeurs britanniques, le 23 juin 2016, ont majoritairement exprimé le souhait que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne, les médias, les ténors politiques et commentateurs de tous bords nous ont submergés de leurs prises de position au sujet de ce phénomène inédit que tout le monde appelle à présent Brexit, un terme dont on peut s’attendre à ce qu’il entre bientôt dans le Petit Larousse ou dans l’Oxford English Dictionary.

Lire la suite...

L’ECRIN N° 77 janvier – février – mars 2017

Union européenne-Turquie : une relation tourmentée

Beaucoup d’entre nous ont succombé aux charmes de la Turquie : les plages de la Mer Egée, les paysages de la Cappadoce ou le foisonnement de la métropole d’Istanbul. Cette Turquie est-elle européenne ? Oui, répondent les uns, elle est située aux portes de l’Europe, la culture ottomane a laissé de nombreuses traces en Europe et quelque 3 % du territoire turc (la Thrace orientale) sont situés sur le continent européen. Non, disent les autres, c’est un pays asiatique, musulman à 95 %, les différences culturelles sont profondes et les conflits qui se déroulent dans son voisinage, attisés par des antagonismes religieux, se répercutent sur l’Europe.

C’est une longue histoire que nous avons avec la Turquie, l’histoire du déclin d’une amitié et de la montée d’une incompréhension réciproque. Un accord d’association a été conclu dès 1963 entre la Communauté européenne et la Turquie, à une époque où celle-ci, déjà membre de l’OTAN depuis 1951, apparaissait comme un rempart contre les menaces émanant de l’empire soviétique. Cet accord ouvrait la perspective d’une adhésion future à la Communauté. Aussi la Turquie présenta — elle, en 1987, une demande d’adhésion, mais il fallut attendre 1999 pour que le Conseil européen lui reconnaisse officiellement le statut de pays candidat. Dans l’intervalle, un accord d’union douanière avait été conclu en 1995. Le processus vers une adhésion ne connut cependant aucune précipitation puisque les négociations ne furent ouvertes qu’en 2005 et force est de reconnaître que, depuis cette date, elles piétinent. Sur les 35 chapitres que les négociateurs doivent traiter, 16 seulement ont été ouverts à l’heure qu’il est et un seul — science et recherche — a été (provisoirement) conclu. Il n’y a aucune commune mesure entre la durée de ce processus et celui qui a conduit à l’adhésion, dès 2004, des pays d’Europe centrale et orientale libérés quelques années auparavant du joug soviétique.

Lire la suite...

L’ECRIN N° 76 Octobre – Novembre – Décembre 2016

Géographiquement, la Grande-Bretagne fait partie de l’Europe, mais, depuis des siècles, elle se tient à l’écart du continent européen. Ancienne grande puissance coloniale, elle est traditionnellement ouverte sur le monde, et ses anciennes possessions, réunies au sein du Commonwealth, gardent avec elle des relations culturelles et commerciales privilégiées. La monarchie britannique règne toujours sur l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, une relation désormais largement formelle. En même temps, la Grande-Bretagne a toujours entretenu des « relations spéciales » avec les États-Unis, elles font partie de sa singularité et elle tient à les garder. Son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies est un avatar de la Seconde Guerre mondiale et un reflet de la grande puissance mondiale qu’elle fut autrefois. À la lumière de ce passé, sa décision de quitter l’Union européenne doit-elle nous surprendre ou est-ce l’aboutissement logique d’un processus historique ?

Après la Seconde Guerre mondiale, on pouvait avoir l’impression que la Grande-Bretagne avait fait le choix de l’Europe puisque Churchill, dans son célèbre discours de septembre 1946 à Zurich, évoquait la nécessité de créer « quelque chose comme les États-Unis d’Europe », l’Allemagne et la France devenant des « partenaires ». Mais une Europe intégrée à la Schuman ou Monnet était certainement éloignée des vues de Churchill, qui pensait plutôt à l’Union paneuropéenne de Coudenhove-Kalergi et voyait sa concrétisation dans la création du Conseil de l’Europe, qui vit effectivement le jour à Strasbourg en 1949.

Lire la suite...